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L’HUMEUR… D’ASSALE TIEMOKO / Des mots et des maux

Depuis quelques temps, un débat a cours sur les méfaits présumés de la France en Afrique. Et, le FCFA, se retrouve au cœur de ce débat. Il serait l’instrument par lequel la France empêche le développement de près de 15 pays africains. La France est sans doute coupable de beaucoup de choses en Afrique.

…Elle a sans doute beaucoup volé les ressources de nos pays. Tout cela est sans doute vrai.  Mais tout cela est aussi lié à un rapport de force. « Les relations internationales- c’est le professeur Yao N’dré (tiens !) qui nous l’a appris à la Faculté de droit de l’Université de Cocody- sont gouvernées par la force ». Chaque fois que les pays développés, les pays politiquement, économiquement et militairement puissants, auront besoin de quelque chose qui est indispensable à leur survie, si cette chose se trouve dans un pays moins puissant, ils iront la prendre. Soit en usant de ruse, soit par la diplomatie et si nécessaire, par la déstabilisation ou par la violence armée. C’est ainsi et il faut être vraiment naïf pour penser que les choses vont changer. Ce sera ainsi, toujours.

Mais nous disons, il faut qu’on obtienne notre vraie indépendance, il faut qu’on oblige la France à nous libérer, à arrêter de nous voler, il faut qu’on sorte du FCFA, etc. Je dis, tout cela est bien beau et nous ne demandons tous que l’avènement de ce changement.

Mais avec quoi, avec qui allons-nous obtenir cette vraie liberté politique, économique dont on parle et discuter d’égal à égal avec la France? Voilà la vraie question et elle nous impose de sortir des incantations, de la victimisation, pour voir les réalités en face.

En 2007, après avoir écouté Charles Blé Goudé-leader de la galaxie patriotique pro-Gbagbo- déclarer avec beaucoup de conviction qu’ « il faut libérer la côte d’ivoire et l’Afrique entière du joug de la France », sans dire comment cette libération devrait se faire, je lui ai adressé une lettre ouverte publiée dans la presse ivoirienne et j’ai posé quelques questions, entre autres: « Comment voulez-vous libérer la côte d’ivoire de l’emprise de la France, quand l’école ivoirienne ne fonctionne plus depuis des décennies et ne forme plus personne? Comment, dans un monde qui se globalise, voulez-vous discuter d’égal à égal avec la France quand nos universités surpeuplées ne forment plus personne? Avec quelles ressources humaines voulez-vous construire une économie moderne, comprendre les enjeux monétaires, œuvrer pour le transfert de technologie? Avec les étudiants qui n’ont aucun respect pour leurs maîtres et qui les tabassent publiquement sans que les pouvoirs publics ne s’en émeuvent pour les punir sévèrement? Avec des étudiants qui débarquent dans un grand tribunal de première instance comme celui du Plateau et qui tabassent jusqu’à sang des magistrats, détruisent des véhicules d’avocats, sans que personne ne réagisse? C’est avec ce genre de ressources humaines que vous voulez rivaliser avec la France, construire une économie moderne et créer une monnaie nationale au bout de la chaîne?

Bref, j’ai posé plusieurs questions à Blé Goudé et j’ai terminé en disant entre autres choses que j’ajoute  aujourd’hui.

Houphouët Boigny, on peut lui reprocher tout ce qu’on veut, mais lui seul avait vraiment compris une chose. Il n’avait pas les moyens de lutter frontalement contre la France, alors il a commencé par former des cadres de grande valeur, en envoyant les enfants les plus brillants de son pays, sans considération ethnique, sans aucune discrimination, se former en Europe pour venir construire leur pays afin de mener après lui, le combat intellectuel pour la vraie émancipation. Il avait compris que la première richesse d’un pays, ce sont ses ressources humaines. Si la Côte d’Ivoire ne s’est pas effondrée avec les crises qui l’ont secouée et que son économie, tant bien que mal, a résisté, c’est parce qu’il y avait des cadres qui sont allés à la bonne école, qui ont été formés par Houphouët Boigny et qui ont mis leur expertise au service du pays.

Si vous voulez combattre la France, commencez d’abord par former les enfants du pays ; définissez un vrai rôle pour l’école en liaison avec nos ambitions ; amenez massivement les enfants les plus brillants du pays et dont on sait que leurs parents sont pour la plupart pauvres, se former dans les meilleures universités du monde et ramenez les au pays. Créez les conditions pour qu’ils gagent bien leur vie, sans qu’ils soient obligés de voler leurs frères et ils transformeront leur pays. Vous voulez lutter contre la France et pour un simple mal de dent, vous allez à l’extérieur du pays pour vous soigner? Où est la logique, où est la crédibilité? La France nous empêche de former des dentistes de qualité, de construire des hôpitaux, de les équiper, de les faire fonctionnaires sur les normes internationales ?

Notre grand péché en Afrique, c’est que nos frustrations liées à la colonisation nous poussent toujours à mettre la charrue avant les bœufs. Je ne connais pas grand-chose aux questions monétaires, ce n’est pas mon domaine de prédilection. Mais je suis presque convaincu qu’on ne peut pas créer une monnaie viable avec une économie basée sur l’exportation de produits bruts, avec une population à majorité analphabète et des cadres mal formés, une administration publique truffée de fonctionnaires recrutés dans des conditions douteuses.

Ah, je sais, l’on me dira, « mais il y a des pays africains qui ont leur monnaie nationale et tout se passe bien… » En effet, la Côte d’Ivoire qui ploie sous le joug du FCFA a tout à envier à des pays émergents comme le Zimbabwe, la Guinée, Madagascar, le Ghana, le Nigeria.

Pour parler d’égal à égal avec la France, le combat à mener est d’abord interne. Commençons par la formation d’hommes pénétrés des valeurs républicaines et qui savent ce que c’est que la protection de l’intérêt public. Construisons une vraie armée capable de défendre notre territoire. Atteignons l’autosuffisance alimentaire pour nourrir en qualité et en abondance, nos populations.

Sans commencer par ce travail préliminaire, peu importe le temps que cela prendra, de mon point de vue, toutes les incantations sur la libération de l’Afrique ne soeront que pure escroquerie de la part d’intellectuels dont le premier réflexe, s’ils prennent la place de ceux qui nous gouvernent en ce moment, sera de faire exactement, sinon pire que les dirigeants actuels ou passés. Parce qu’ils n’auront en face d’eux, que des populations toujours analphabètes à qui ils pourront  vendre des illusions dangereuses en se faisant passer pour des héros.

La France a volé et continue de voler nos ressources? Soit.  Mais que faisons-nous du peu qu’elle nous laisse sans doute par pitié ? Nous détournons consciencieusement et proprement tout, pour enrichir les banques de la France ou de la Suisse, etc.

Arrêtons l’escroquerie morale et achetons des miroirs. Pour voir notre visage quand nous chantons la libération de l’Afrique. Il n’est pas très reluisant.

A.T.

A propos Casimir KOUADIO

2 Commentés

  1. Lavry bilson béguin moshé

    Merci pour votre lettre ouverte , merci pour votre réflexion bien pensé, on y voit un panafricain soucieux du bien de son prochain tout en lui rappelant ses tords cependant j’aimerais revenir sur certaines choses énumérés ci dessus. Vrai qu’on dois pouvoir éduquer la population afin qu’elles puissent amorcer ce vrai développement mais nous devons commencer quelques part, nous devons forcer la main de nos dirigeants leurs montré qu’il est temps qu’ils pensent à nous s’ils doivent attendre d’être humilié comme Sassou N’guesso pour savoir qu’ils ne sont pas considéré comme des égaux alors nous en tant qu’être soucieux du bien être collectif nous devons leurs rappelés que le combat de nos pères Houphouët-Boigny ,Senghor et consort n’est pas terminé, nous devons commencer quelque part afin que la génération futur la termine .
    Merci pour ceux que vous faites , votre impartialité et votre quête de la vérité , du bien être

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