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L’Editorial d’Assalé Tiémoko / De la négation au crime d’Etat

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‘‘Guy-André Kieffer est de ces disparus dont le sort tourmente les vivants. » Propos tirés de «Hors procédure », livre signé Patrick Ramaël, le premier juge français qui a instruit l’enquête sur la disparition de Guy André Kieffer à Abidjan et qui, comme chacun le sait, n’a pas beaucoup avancé sur les circonstances de l’enlèvement du confrère, le vendredi 16 avril 2016. Sans doute un juge a été rarement autant mené en bateau par les autorités d’un pays que celles de la Côte d’Ivoire. Sur le chemin de l’instruction, les obstacles ont été multipliés à travers la multiplication des témoins et, surtout, des faux témoins.

Le parquet d’Abidjan, dirigé alors par l’ex-procureur de la République, Tchimou Raymond-proche parmi les proches de Laurent Gbagbo et aujourd’hui en fuite on ne sait trop pourquoi-a multiplié les dérobades tout en clamant travailler en étroite collaboration avec Patrick Ramaël. L’on se souvient de ses affirmations ahurissantes, signe d’un véritable affolement après le témoignage d’un certain Berthé Seydou, accusant Simone Gbagbo et Bohoun Bouabré d’être les donneurs d’ordre dans l’enlèvement de Guy André Kieffer: « (…) C’est une affaire purement franco-française, les autorités ivoiriennes n’ont rien à voir là-dedans, elles ne sont pas du tout impliquées. C’est une affaire entre Français.
Kieffer n’était pas du tout une menace pour les autorités ivoiriennes et nous avons assez d’éléments qui disculpent nos autorités ivoiriennes. On ne cherche plus un homme mort, mais quelqu’un qui a été exfiltré de la Côte d’Ivoire et qui vit actuellement… » Mais Tchimou Raymond, jusqu’à la chute de Gbagbo, n’a jamais apporté la preuve de ses propres affirmations. En septembre 2007, Tchimou Raymond s’était attelé à nier à Guy André Kieffer, sa qualité de journaliste afin d’accréditer sa thèse d’une affaire franco-française n’ayant aucun lien avec des autorités ivoiriennes. « (…) Guy André Kieffer est arrivé en Côte d’Ivoire non en qualité de journaliste mais plutôt en tant qu’expert en communication en matière de café-cacao, employé dans la société Commodities Corporate Consulting dite C.C.C.

L’objet de cette société française créée en 2001 était l’assistance technique des structures de la filière café-cacao. Son siège était situé au 3ème étage de l’immeuble SCIAM, et le Président directeur général était Eric Latham, le directeur Général Stéphane De Vaucelles et comme associés Aron-Brunetière et Robert Dulas, tous de nationalité française. Cependant, la mission officieuse de Kieffer était de récolter des informations sur les dirigeants politiques ivoiriens pour le compte d’Eric Latham. Malheureusement, il incorporait aussi des informations sur les dirigeants de sa société. Il s’en servait de temps en temps pour faire des chantages. En effet, il était constamment démuni car il percevait rarement la totalité de son salaire.
En outre, il n’était pas du tout aimé dans cette société, parce que grand fouineur surnommé «poil à gratter». Ce qui lui a valu d’être l’objet de plusieurs menaces provenant des dirigeants de sa société et même d’être victime d’un sabotage de son ordinateur qui renfermait une mine d’or en matière d’informations.
A titre d’illustration, une première fois il a été menacé verbalement de mort par Robert Dulas, parce que Kieffer était sur le point de publier un article qui le mettait en cause dans l’affaire IB à Paris. La deuxième menace de mort était venue d’Aron-Brunetière. Celui-ci avait menacé de mort Kieffer avec une arme à feu dans le bureau d’Eric Latham. La vie de Kieffer a été épargnée grâce à l’intervention d’Eric Latham. Enfin, Guy André Kieffer était prêt à révéler un réseau de blanchiment d’argent dont son cabinet d’expertise servait de courroie de transfert de fonds lorsqu’il a disparu et ce, deux jours après la mise en garde qui lui avait été faite par son Directeur Général Stéphane De Vaucelles… » A écrit Tchimou Raymond dans ses propos liminaires au cours d’un point de presse tenu en septembre 2007. Avant de prétendre en 2009-cette fois-ci et ça ne s’invente pas-que Kieffer avait été exfiltré de la Côte d’Ivoire.
L’enquête que publie « L’Eléphant Déchaîné » aujourd’hui, avec une suite dans notre prochaine édition, n’a pas la prétention de faire toute la lumière sur ce qui est arrivé à Guy André Kieffer ni de dire qui a directement ordonné son enlèvement et son assassinat. Elle permet juste d’avoir une certaine compréhension sur la nature des événements qui ont conduit à sa disparition, sur l’implication d’un certain nombre d’acteurs politiques nationaux et étrangers, notamment de l’actuel chef de l’opposition malienne, Soumaila Cissé, actuel chef de l’opposition au Mali, dont le rôle aurait été de permettre au régime Gbagbo de cacher l’existence à Abidjan du « Trésor de guerre » du général Assumane Mane , en engloutissant sous un mensonge devant une mission de la Banque Mondiale et du Fmi, « l’origine des fonds que le régime Gbagbo a utilisés pour payer les salaires, en mars 2004, des putschistes et fonctionnaires de la Guinée Bissau ». Comment continuer à nier l’existence de ce « trésor de guerre », quand un journaliste, preuves à l’appui, s’apprêtait, un peu par vengeance -il faut l’avouer- à révéler au monde entier, les dessous scandaleux de la générosité subite du régime Gbagbo à l’égard des putschistes Bissau guinéens? Là, résident l’origine et les raisons du crime. Un crime d’Etat.
Guy André Kieffer continuera de « tourmenter les vivants ».
AT

A propos Casimir KOUADIO

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