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« Assignés à résidence, par la misère »

Quand je suis en Côte d’Ivoire, je passe toujours trois jours sur 7 au village, dans les zones rurales. Et, de cela, je sais que nos parents sont « assignés à résidence par la misère ».  Certes, la misère dans les zones urbaines est une réalité qui ne se conte plus. Mais celle qui s’étale sous les yeux dans les zones rurales est insoutenable par endroits.

Il y a de graves réalités dans les zones rurales. Pendant la campagne pour les législatives, j’ai réalisé que dans certains campements, dans certains villages, en dehors de la lumière des torches électriques, des enfants n’avaient jamais vu une ampoule incandescente, jamais vu la lumière provenant d’une source d’énergie silencieuse. Depuis, avec l’aide de l’ONG « ENERGIE POUR L’AFRIQUE » (EPA), j’ai entrepris d’installer des panneaux solaires dans des campements et villages où j’ai été frappé par les ténèbres, à mon arrivée. Dix campements ont été déjà équipés et ça marche, et cela va continuer.

Chacun, à son petit niveau, en faisant preuve d’imagination et en utilisant intelligemment quelques opportunités et relations sans compromission aucune, peut améliorer, sans être forcément un élu, les conditions de vie des populations. L’Etat, on l’aura tous compris, ne peut pas tout faire. D’autant plus que la situation économique du pays, devant les informations en notre possession, n’inspire guère à l’optimisme quant au changement des choses de façon signification pour la majorité des Ivoiriens.

Houphouët-Boigny a fait ce qu’il pouvait, il a vraiment fait beaucoup. Il avait compris une chose importante: La politique, elle n’a aucun sens si elle n’est pas mise au service de l’amélioration des conditions de vie des populations.  Et, aucun pays ne peut prétendre à quoi que ce soit dans aucun domaine, s’il ne met pas l’accent sur la formation des ressources humaines, des ressources humaines qualifiées étant la première richesse d’un pays.

Bédié a fait ce qu’il pouvait. Il n’a pas terminé. Mais les Ivoiriens n’en n’ont pas été, majoritairement bénéficiaires.

Gbagbo a fait ce qu’il pouvait. Il n’a pas terminé. Mais les Ivoiriens n’en n’ont pas été majoritairement bénéficiaires, loin s’en faut. Ses partisans diront qu’il a été empêché de gouverner. C’est une opinion qui peut faire débat, nous avons été tous contemporains de la situation et des enrichissements surprenants de tous les côtés, dans un contexte de guerre où les politiciens se sont partagé la dépouille de la bête ivoire pendant qu’on demandait aux Ivoiriens d’attendre, voire même d’applaudir.

Ouattara est en train de faire ce qu’il peut. Il terminera dans trois ans. On fera le bilan. Avec lui, un cycle va se refermer. Celui d’une classe politique, toutes tendances confondues, qui n’a jamais su créer sa propre voie, qui a voulu s’identifier à Houphouët sans en avoir la vision et le patriotisme sincère. Cette génération sortante doit maintenant sortir de l’ambigüité politique, accepter l’aspiration profonde des Ivoiriens à tourner sa page. Elle doit faire preuve de réalisme, de patriotisme et comprendre que la Côte d’Ivoire qui souffre a fortement envie de voir une nouvelle façon de faire la politique, d’inviter l’oligarchie infatigable à se reposer, enfin. Elle doit maintenant sortir des discours éculés, des injustices tolérées ou ignorées, du mépris de la souffrance de ceux qui terminent leur journée sans savoir s’ils trouveront à manger dans celle qui arrive le lendemain. Elle doit accepter qu’émerge une nouvelle classe politique, pas celle qui s’est déjà compromise dans les coulisses, mais celle qui, témoin vivante de ce qui se passe dans le monde, empêchera, en donnant enfin la parole au peuple, quelques-uns d’amasser, d’amasser sans limite avec le pouvoir de l’Etat. Tout en dérégulant l’Etat, en l’affaiblissant.

Bref, il nous faut absolument du nouveau. Il nous faut du débat, de la clarification, de la vérité. Car, en aucun cas, il ne sera fait du nouveau avec du « vieux ». Pour nous replonger dans les mêmes incertitudes, dans le règlement des mêmes problèmes créés par les mêmes personnes depuis 24 ans. Voilà 24 ans que la majorité des Ivoiriens est « assignée à résidence par la misère ».

Cela ne peut plus continuer.

Assalé Tiémoko

A propos Casimir KOUADIO

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