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A la barre / « Je ne peux pas mentir devant Dieu et la terre ! »

«Je reconnais les faits. J’ai ramassé la grenade et j’étais à la recherche d’une personne», a déclaré au parquet Kouamé Yobio Venceslas, poursuivi pour détention illégale d’arme de la première catégorie. Le juge qui veut en savoir davantage débute son interrogatoire.
-Tu as ramassé une grenade, une arme offensive, c’est exact ? Demande-t-il.
-Oui, monsieur le président, avoue le prévenu.
-Mais pourquoi tu as gardé ça ? Vous l’avez trouvée où ?
-Bon, je l’ai ramassée.
-Vous l’avez ramassée où ?
-Je l’ai ramassée vers le corridor de Gesco.
-Quand ?
-Le 3 mai 2017. Quand je l’ai vue, j’avais eu peur, je ne pouvais pas dire à quelqu’un.
-Mais ça fait près de deux mois.
-J’ai vu ça au corridor de Gesco.
-Vous l’avez vue où ?
-Dans un caniveau.
-Vous habitez où ?
-J’habite à la Gesco.
-Vous êtes allé faire quoi au corridor ?
-Au corridor, j’ai des frères que je suis allé voir. Je revenais à la maison quand je l’ai ramassée.
-Monsieur Kouamé, vous êtes sûr que vous dites la vérité ?
-Oui monsieur le président.
-Mais quand vous avez été interpellé, vous avez dit : « J’ai combattu aux côtés des Frci et je suis réserviste. Cependant, je n’ai pas eu le temps de rendre mes effets vestimentaires. » Une perquisition a été effectuée chez vous ?
-Oui monsieur le président.
-Donc, ils ont trouvé des treillis militaires et des cordelettes chez vous ! Et vous dites que vous n’êtes pas militaire. Vous voulez dire que vous avez ramassé ces treillis militaires au corridor ?
-Non monsieur le président.
-Vous avez eu ça où alors ?
-Monsieur le président, la grenade, je l’ai ramassée. Ça seulement, je ne peux pas mentir devant Dieu et la terre ! J’avais eu peur.
-Quand vous avez ramassé, c’était la seule arme qui était là-bas ?
-Oui monsieur le président.
-Et les treillis militaires qui ont été découverts chez vous ?
-J’ai pris ça avec un ami qui s’appelle Yssoufou. Il est allé en voyage et il a laissé ses effets avec moi. Il m’a dit qu’il reviendra vite pour les prendre à son retour. Depuis ce jour, il n’est pas encore revenu de son voyage.
-Vous avez combattu ?
-Non monsieur le président.
-Vous êtes un ancien combattant ?
-Non monsieur le président.
-Alors pourquoi vous dites que les treillis militaires appartiennent à votre ami ?
-Lui, c’est un Frci. Il n’a pas de dortoir et il est venu mettre ses affaires chez moi.
-Tous ce que les policiers ont trouvé, c’est faux ? Tente de savoir la procureure.
-Je ne reconnais pas la grenade madame.
-Bizarrement les policiers ont retrouvé pendant la perquisition chez vous des treillis. Ces treillis, vous dites que ce ne sont pas pour vous, ils appartiennent à Yssoufou. Votre ami s’appelle Yssoufou comment ?
-C’est Yssoufou moi, je connais.
-Vous ne dites pas la vérité ! Conclut-elle.
-Si madame le juge.
-6 mois d’emprisonnement, 100 mille francs d’amende sollicite-t-elle.
-Quand vous avez vu l’objet, quel a été votre réaction ? Intervient le président.
-J’ai eu peur, explique le prévenu.
-Est-ce que vous connaissez déjà cette arme ?
-Non…non.
-Si vous avez eu peur, c’est parce que vous saviez que c’est une arme. Mais au corridor, il n’y avait pas de gens en treillis là-bas ?
-Il y avait des gendarmes.
-Mais pourquoi vous n’êtes pas allé vers eux pour déposer l’arme.
-Monsieur le président, je cherchais quelqu’un pour aller déposer parce que j’avais peur. Je demande clémence.
-Vous êtes un ex-combattant, oui ou non ?
-J’ai combattu mais la grenade, je l’ai ramassée, précise-t-il.
Le tribunal déclare Kouamé Yobio Venceslas coupable des faits qui lui sont reprochés. En répression, le condamne à 12 mois de prison et à 100 mille francs d’amende, décide le juge.
NOËL KONAN

A propos Casimir KOUADIO

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